« Under Fire » : les photographes de guerre dépriment aussi

Projeté au festival de Perpignan, le film de Martyn Burke, Under Fire (Sous le feu), ne prend pas de gants. Ce documentaire montre l’envers du mythe du reporter de guerre, la face cachée du héros humaniste, qui risque sa vie pour témoigner et dénoncer. On y voit des journalistes totalement accros à l’adrénaline et incapables de se réadapter à la vie normale. Des reporters qui font des cauchemars terribles, avec des morts qui reviennent les hanter. Des hommes et des femmes qui dépriment et qui tournent en rond, rongés par la culpabilité et par l’insoluble question: « pourquoi aller là-bas? A quoi bon montrer la mort, encore et toujours? « 

Le documentaire, projeté au festival de photojournalisme de Perpignan, a jeté un froid dans la salle. Il n’est pas particulièrement élégant ou subtil dans sa forme – beaucoup de petits chapitres découpés, une musique trop théâtrale, des interviews statiques qui s’enchaînent sur fond noir – mais il est d’une efficacité terrible, avec des témoignages forts et des reportages qui vous prennent aux tripes. Les premiers extraits surtout, qui montrent ce qu’on voit rarement : les journalistes se font blesser voire tuer en direct à l’écran. Car logiquement, il y a souvent un collègue de la victime qui est là pour filmer l’événement. Dans un extrait surréel, un reporter de la télévision est en train de faire un direct quand tout à coup, la voiture à l’arrière plan explose: c’était celle où l’attendait son assistant, son « fixeur ». Le journaliste se décompose sous nos yeux, alors que la caméra continue de tourner. De quoi plonger dans la réalité de la vie de reporter de guerre : ces vingt dernières années, 900 journalistes sont morts sur le terrain.

Le film, qui est basé sur le témoignage de reporters reconnus, détaille les aspects peu reluisants du métier. A savoir l’excitation liée à la couverture de la guerre – le journaliste John Steele compare ça à une « drogue dure » et Chris Hedges, qui était reporter de guerre au New York Times, déclare: « les soldats appellent ça « la drogue du combat ». Il est possible de détester la guerre, de détester ce qui s’est passé, et pourtant d’être totalement accro à cette expérience ».

Les reporters racontent le sentiment de déconnexion et d’inadéquation qu’ils ressentent au retour, l’abus d’alcool pour tenir le choc, la culpabilité et la dépression qui frappe certains à la longue ou après un choc comme la mort d’un collègue. La fameuse névrose traumatique (PTSD en anglais, post-traumatic stress disorder), si longtemps taboue chez les reporters, est de plus en plus reconnue et prise en compte dans la profession. On voit d’ailleurs le psychiatre canadien Anthony Feinstein, auteur d’une étude sur le sujet, dans une séance de thérapie par téléphone avec le reporter Finbarr O’Reilly sur le terrain.

Le psychiatre était présent à Perpignan pour présenter le film. Selon lui, environ 15% des journalistes sur des terrains de conflits souffrent de PTSD – ce qui correspond à peu près au chiffre connu chez les soldats. Mais il précise : « il faut comprendre que le PTSD est une idée occidentale. La culture a énormément à voir avec ça. Sur un autre continent, en Afrique par exemple, ce n’est pas vu ni vécu de la même façon ». D’après les études qu’il a menées, les photojournalistes sont davantage touchés par le PTSD:  » Je pense que la raison en revient à la fameuse phrase de Capa: si la photo n’est pas bonne, c’est que tu n’étais pas assez près ». Les photographes doivent être plus près de l’action que ceux qui écrivent et sont donc plus plus exposés ».

Je reviendrai sur le sujet prochainement: le livre d’Anthony Feinstein, qui traite du même sujet que le film, sortira en français en 2013 et les droits du film viennent également d’être achetés pour une sortie en France. En attendant, pour eux qui comprennent l’anglais, il est possible de lire le livre et même de visionner le film (pour ceux qui habitent aux Etats-Unis).

source : lemonde.fr

Ci-dessous un extrait en anglais (NB: images violentes).

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